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Anorexie: quand la spirale infernale est enclenchée

Il arrive souvent qu’une personne souffrant d’anorexie ne s’en rende pas vraiment compte, surtout aux prémices de la maladie. Jusqu’à la première prise de conscience, elle peut avoir durant longtemps l’impression que tout va très bien.

Des premiers signes révélateurs

Bien que ma période d’anorexie remonte à la deuxième partie de mon adolescence,
je peux tout de même me remémorer très clairement certaines situations lors desquelles
mon comportement et mes paroles étaient orientés de telle manière à dissimuler, voir même
à nier la maladie qui commençait à s’installer.

Afin d’illustrer cela, j’ai listé ci-dessous quelques signes qui révélaient que je me laissais peu à peu emportée dans la spirale infernale de l’anorexie :

  • A cette époque, certaines de mes amies avaient décidé de faire un régime (alors que franchement, elles n’en avaient pas besoin). Je me suis alors dit que je pouvais aussi faire
    un régime, et que cela semblait être une bonne idée (bien que, moi non plus, je n’avais absolument pas besoin d’un régime).
  • Qui dit régime dit diminution ou suppression de certains éléments de son alimentation.
    J’ai donc commencé à diminuer, puis éliminer certains aliments de mes repas (dont certains de mes plats préférés! ), alors que je n’avais aucune allergie, ni aucune intolérance alimentaire qui pouvait justifier cela.
  • On me disait: « tu ne manges pas grand chose ces jours. » Ce à quoi je répondais: « Je n’ai juste pas très faim en ce moment. » J’avais probablement déjà une vision faussée de ce qu’était la faim. Malheureusement, ni moi ni les autres ne savaient que c’était la maladie
    qui parlait à ma place
    .
  • On me disait: « Tu as perdu du poids toi. Regarde, tu flottes dans tes vêtements. » Et moi je répondais « Mais ça va, je suis bien. » Ou pire encore, je niais carrément. C’est de nouveau la maladie qui s’exprimait.
  • On échange de moins en moins, on évite peu à peu les discussions, les sorties entre amis,
    les lunchs et les dîners en famille (on commence éventuellement à sauter des repas),
    bref on commence à s’isoler. Personnellement, plus je maigrissais, plus j’étais triste et déprimée. Et comme j’en étais consciente, je préférais éviter les occasions de me retrouver avec du monde par gêne et par peur d’affronter le regard des autres.
  • On ne perçoit pas son corps tel qu’il est réellement. Voici des phrases que des amies m’ont dites au tout début de mon anorexie, alors que nous étions en camp de ski avec la classe: « Ingrid, tu dois faire attention, tu as perdu beaucoup de poids. Tu vas ressembler à un petit garçon. Attention à ne pas tomber dans l’anorexie ». Quelle fut ma réaction?
    Et bien, je me suis mise à rire et je leur ai répondu, sure de moi, que je ne pouvais pas être anorexique. Quelle illusion! Deux ou trois mois plus tard j’entrais dans un service spécialisé dans les troubles alimentaires au sein d’une clinique psychiatrique de ma région.
    Le facteur déclencheur de cette décision? C’est très simple, je ne pouvais plus m’alimenter.
    Il m’était devenu impossible d’avaler quoi que ce soit, rien mis à part un verre de jus d’orange pour rassurer « un peu » ma mère. J’avais totalement banni la nourriture de ma vie, comme si c’était devenu du poison et que ça allait me faire du mal. Heureusement, mon entourage a compris à ce moment-là qu’il n’y avait plus d’autre choix que de faire appel à une aide extérieure, car je ne réalisais pas la gravité de mon état. On m’a alors amenée dans une structure spécialisée afin que je sois prise en charge et soignée le plus rapidement possible. Je n’ai même pas tenté de m’opposer à cette décision. Cette fois-là, c’est moi et non la maladie qui prenait le dessus, car bien que je n’étais pas vraiment consciente de ce qui m’arrivait réellement, je sentais au fond de moi un profond besoin d’être aidée et surtout, l’espoir d’aller mieux.

Agir au plus vite

Autant dire qu’après l’apparition des premiers signes, tout peut aller très vite et la maladie peut rapidement prendre le dessus sur soi. C’est pour cette raison qu’il ne faut pas trop attendre avant d’en parler avec des médecins ou autres spécialistes. J’encourage également les personnes souffrantes, leurs proches (famille et amis) à faire appel à une aide extérieure pour, d’une part, rétablir le dialogue si la communication est devenue difficile, et d’autre part, pour organiser une prise en charge afin de traiter ces troubles qui impactent de nombreux domaines de la vie, et peuvent avoir des conséquences dramatiques s’ils ne sont pas traités.

On le sait: plus on réagit tôt, plus on augmente les chances d’une guérison rapide et durable!

Enfin, il peut être douloureux de voir une personne proche souffrir de trouble alimentaire.
Cela peut entraîner divers sentiments dont l’incompréhension, l’impuissance et la solitude.
Il est donc important d’instaurer une collaboration entre le corps médical et les proches (généralement la famille), pour que la personne souffrante perçoive l’existence d’une attitude cohérente dans la prise en charge de sa maladie, et que les proches puissent bénéficier d’un soutien durant cette période difficile.

J’espère cet article pourra être utile à celles et ceux qui se trouvent confrontés, de près ou de loin, à l’anorexie. N’hésitez pas à le partager et à me faire part de vos commentaires ci-dessous. Vous pouvez également me contacter par message si vous avez des questions ou souhaitez échanger sur les troubles alimentaires.

A bientôt !

Ingrid